Hypatie d’Alexandrie, la première matheuse

Portrait d'HypatieBon, je ne suis pas sûre qu’Hypatie soit réellement la première scientifique qu’ait connu le monde moderne, mais il fallait bien faire un titre choc! Cependant, cette réputation n’est pas usurpée. Hypatie est bel et bien une scientifique de la plus haute importance puisqu’elle est la première à avoir révélé la théorie du système héliocentrique : la terre tourne autour du soleil, non en faisant des cercles, mais en faisant des ellipses… C’est une révolution capitale en astronomie. Hypatie ne s’est cependant pas contenté d’étudier l’astronomie; elle est aussi une grande mathématicienne et pédagogue. Elle enseigne gratuitement à l’Université d’Alexandrie, où elle vit, même si c’est évidemment à une population de notables. Elle fait ses études à Athènes, où elle apprend également la philosophie et la rhétorique, deux arts qui sont à l’époque forcément liés avec l’étude scientifique.

Hypatie nait en 350 après J-C, à Alexandrie, où son père, Théon d’Alexandrie, homme de science et dernier directeur du Musée d’Alexandrie, lui donne un enseignement exemplaire, digne de sa classe sociale. Elle ne se contente pas de suivre ses cours comme son devoir l’exige, mais devient passionnée par l’étude des sciences et travaille assidument sur de nombreux projets, en binôme avec son père. Ils réalisent tous les deux de nombreuses avancées scientifiques.

A l’époque, Alexandrie connait une période agitée : il y a de nombreux conflits entre les différentes religions qui cohabitent de plus en plus difficilement dans la capitale égyptienne. Hypatie, elle-même païenne comme ses ancêtres, a toujours refusé de se convertir aussi bien au judaïsme qu’au christianisme (petite religion qui a le vent en poupe). Elle est respectée par toute la communauté alexandrine, et sa grâce et sa beauté légendaire attirent de nombreux soupirants, qu’elle repousse un à un avec un mouchoir souillé par son cycle menstruel, démontrant ainsi que son corps n’avait rien d’attirant.

Hypatie, portraitLe film “Agora” d’Alejandro Amenabar, sorti en salles en janvier, illustre particulièrement bien la vie d’Hypatie, même si elle est évidemment fortement romancée (de toute façon, il ne reste plus rien de ses travaux et sa biographie est elliptique, sans mauvais jeu de mot). Grâce à une magnifique Hypatie incarnée par Rachel Weisz, Amenabar se concentre sur les tensions religieuses de l’époque en Égypte, ce qui m’amène à aborder la mort tragique de la belle scientifique…

L’évêque de l’époque ne supporte pas la popularité de la philosophe, une femme libre et “sans religion”. Quant à eux, les chrétiens ne tolèrent pas qu’elle soit la femme dominant deux hommes de très haute importance : le préfet romain Oreste, et le patriarche Cyrille d’Alexandrie. Petit à petit, une haine grondante atteint les foules extrémistes chrétiennes. Hypatie est kidnappée, déshabillée sur la place publique et lapidée par une foule de chrétiens.

Ainsi s’achève la vie d’une grande femme, aujourd’hui reprise comme figure féministe. Hypatie ne connaît aujourd’hui pas la notoriété qu’elle aurait mérité, à cause de la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, la banque de tous les savoirs, accumulés depuis des générations et des générations…